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Mission d’une guerre pas si froide que cela Dossiers : L\'aviation dans la guerre Commentaires : 0 749 mots dans ce texte 1799 lectures

Vendredi 1er juillet 1960, il était 10 heures du matin quand un RB-47H ‘Stratojet’ du Strategic Air Command prit son envol depuis la base de Brize Norton, Oxfordshire (Grande-Bretagne).
A bord de cette version d’écoute électronique du bombardier atomique B-47, se trouvait un équipage de six hommes :
- capitaine William « Bill » A. Palm, pilote
- lieutenant Freeman “Bruce” Olmstead, copilote
- lieutenant John R. McKone, navigateur
- capitaine Eugène Posa, contre-mesures électroniques
- lieutenant Dean B. Phillips, contre-mesures électroniques
- lieutenant Oscar L. Goforth, contre-mesures électroniques.
Ces trois derniers étaient ce que l’on appelait des « corbeaux » au sein de l’US Air Force ; des hommes chargés de localiser les stations-radars adverses et de tester les capacités défensives de l’ennemi.
Ce fut ainsi que le RB-47H prit la direction de la mer de Barents via la Norvège (pour un ravitaillement en vol) avec trois hommes dans la soute à bombes.
Ce type de mission (pourtant courante depuis 1949) était la première depuis le 1er mai 1960 qui avait vu la perte d’un U2. Cette perte, ainsi que la capture de Gary Powers, motiva le président Dwight Eisenhower à interdire tout survol de l’espace aérien soviétique.
Vers 16h00, tandis que l’avion volait à 80km des côtes soviétiques, le copilote aperçut un appareil dans les 3 heures. L’un des « corbeaux » confirma que le signal radar correspondait à celui d’un chasseur MiG.
Une telle escorte étant fréquente lors de ce type de mission, l’équipage décida de ne pas le prendre en considération ; et de continuer leurs tâches respectives. Quelques minutes plus tard, le MiG disparu.
McKone annonça alors un changement de cap : direction la Grande-Bretagne.
Bruce Olmstead aperçut alors un MiG-19S ‘Farmer’ sur l’aile droite du bombardier.
Pour la station-radar de contrôle soviétique, l’objectif des Américains était évident : espionner leur dernière base de sous-marins nucléaires.
Suivant les ordres de la station-radar, le lieutenant Vassili Poliakov profita du lent virage (deux minutes) du ‘Stratojet’ pour aligner son intercepteur en position de tir.
Il était 16h22 lorsque le MiG-19 ouvrit le feu sur les réacteurs gauches de l’appareil américain.
Aussitôt, Olmstead actionna le radar de tir et les deux canons de la tourelle de queue automatique. Hélas, le MiG était si près que tout tir de défense automatique était impossible. Le copilote opta alors pour le tir visuel.
Trop tard, les réacteurs 2 et 3 étaient touchés ; et l’appareil commençait à partir en vrille.
Malgré la situation, le pilote ne donna pas l’ordre d’évacuer l’appareil. Il était même en passe d’éviter la vrille quand une nouvelle salve secoua l’appareil. Le pilote se résolu alors à ordonner l’évacuation de l’appareil.
Le lieutenant Olmstead s’éjecta à 16h30. Après s’être évanoui quelques instants, il aperçut le reste de l’équipage quitter l’appareil ; et leurs parachutes se déployer au dessus de la mer de Barents. Pendant ce temps, le MiG-19S regagnait sa base.
Souffrant d’une vertèbre brisée, le copilote parvint tant bien que mal à embarquer dans son canot de survie ; mais perdit sa radio dans la manœuvre. Olmstead passa six heures dans son canot avant d’être éveillé par le moteur d’un hydravion Beriev. Il sera hissé à bord d’un chalutier russe ainsi que McKone qui avait lui aussi réussi à monter dans son canot de survie.
A bord du chalutier, on réchauffa et soigna les deux aviateurs. Olmstead et McKone furent sans doute les seuls survivants de l’incident. Après quelques heures de recherche, le chalutier reprit sa route : direction l’URSS.
Plus tard, les deux aviateurs furent transbordés dans une navette des gardes-côtes. McKone demanda alors au lieutenant de prendre contact avec l’attaché de l’Air américain à Moscou.
Le lieutenant lui répondit en anglais : « Nos autorités vont s’en occuper. Vous vous trouvez ici à un endroit où vous n’auriez pas dû être et cela pourrait avoir de lourdes conséquences ».
Aucune autre précision ne fut apportée aux américains jusqu’à leur arrivée à l’aéroport de Mourmansk.
Là-bas, des officiers de la marine soviétique commencèrent à les interroger et leurs indiquèrent leur point de chute approximatif : en plein milieu des eaux territorial soviétiques.
Les américains furent transférés à Moscou pour être incarcéré séparément à la Lubianka (la prison du KGB). L’annonce de leurs emprisonnements fit la une des journaux américains.
Après plusieurs mois de tractations, Olmstead et McKone furent libérés le 25 janvier 1961 ; deux jours après la prise de fonction du président J. F. Kennedy.
Entre 1947 et 1979, au moins 40 appareils militaires américains furent abattus lors d’incidents similaires. Ainsi plus de 200 aviateurs périrent « dans l’exercice de leurs fonctions » ; tout comme les quatre autres membres du RB-47H.
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